Cogito de Descartes

Cet article est principalement une réécriture de l’excellente série de vidéos de Mr Phi : https://www.youtube.com/watch?v=ixbZNpgHjig&t=268s

Click here for the English version.

J’ai retrouvé la conversation WhatsApp de Descartes avec un de ses amis qui a mené au fameux cogito. Pour toi lecteur, en exclusivité :

Nous allons présenter l’argument de Descartes sous la forme d’un dialogue avec un ami imaginaire que nous appellerons Marin.

René : Cher Marin, merci d’être venu pour cette fin de semaine. Prêt pour refonder toutes les connaissances en partant d’une base solide ?
Marin : Prêt mon cher ami.
R : M’accordes-tu que cette base que l’on recherche, cette chose sur laquelle on va fonder toutes les connaissances, se doit d’être la plus solide possible.
M : Je suis d’accord.
R : Partons donc à la recherche d’une connaissance certaine !

M : Mais, il y a plein de choses certaines. Je suis certain d’être là en train de parler avec toi.
R : Ce n’est pas exact. Ce qui est vrai c’est que tu n’as pas de doute que tu parles avec moi mais… en es-tu certain ? absolument certain ? On ne cherche pas une certitude qui serait une absence de doute mais une certitude absolue qui serait une impossibilité de doute. Une certitude dont on ne pourrait pas douter.
M : Tu cherches donc une vérité indoutable…
R : On dit indubitable en français. Prêt pour cet exercice de paranoïa absolue où on va essayer de douter de tout ce dont on peut douter pour voir si quelque chose résiste au doute ?
M : Allez !

R : Je reprends. Peux-tu douter que nous soyons présentement en train de parler ?
M : Oui, théoriquement je le peux. Il m’est déjà arrivé de rêver et de croire que mon rêve était réalité.
R : Excellent exemple ! Tu peux donc douter que nous sommes en train de parler. De même, tu peux douter de l’existence du monde qui t’entoure, tu peux douter de l’existence de la matière.
M : Effectivement, je le peux. Mais il y a quand même des vérités immatérielles dont je ne doute pas. Par exemple que 2 et 3 font 5.
R : Tu te rappelles de notre état, la semaine dernière, à la 3e mi-temps après le match de soule ?
M : C’était pas beau à voir.
R : Est-ce que tu penses que dans cet état tu aurais pu me dire combien font 17+58 ?
M : Clairement pas.
R : Donc tu vois qu’il existe des états où tu n’es pas en mesure d’effectuer des calculs relativement simples. Imagine maintenant que tu sois dans un état de 3e mi-temps hypertrophié, tu pourrais te tromper sur un calcul aussi simple que 2+3=5.
M : Je vois. Il se peut qu’à chaque fois que je fais le calcul je me trompe. Donc, je peux aussi douter des vérités formelles. Mais alors on peut douter vraiment de tout ?
R : C’est là que je rentre en jeu ! Pour douter, tu dois penser l’objet du doute. Donc au moment où tu doutes, tu ne peux pas douter que tu penses l’objet de ton doute. On a donc notre 1ère certitude indubitable : à chaque fois que je doute, je pense. S’ensuit une 2e certitude indubitable ; si je pense, c’est bien qu’il y a un sujet qui pense : moi. Je ne peux donc pas douter que j’existe en tant que sujet pensant. En d’autres termes il est indubitable que mon esprit (siège de la pensée) existe.
M : Éblouissant !
R : Encore plus éblouissant en latin « Cogito ergo sum ».

Fin du dialogue

J’aime bien aussi présenter le cogito sous la forme d’un raisonnement.
Prémisse#1 : je pense
Prémisse#2 : un être doit exister pour penser
Conclusion : j’existe

On pourrait objecter, qu’un raisonnement similaire pourrait être fait :
Prémisse#1 : je marche
Prémisse#2 : un être doit exister pour marcher
Conclusion : j’existe
Sauf qu’ici, on peut douter de la prémisse#1. J’affirme que je marche, mais suis-je vraiment en train de marcher ? Cela ne pourrait-il pas être une illusion ? Alors que dans le raisonnement de Descartes, on ne peut pas douter de la prémisse#1 « Je pense », car douter que tu penses… c’est déjà penser. Tout le hiddush réside dans cette mise au jour d’une prémisse indubitable.

Remarque capitale : on peut donc douter de l’existence de son corps et, plus généralement, de la matière, mais on ne peut pas douter de l’existence de son esprit (siège de la pensée).


Translated in English by GPT 5

We will present Descartes’ argument in the form of a dialogue with an imaginary friend we’ll call Marin.

René: Dear Marin, thank you for coming this weekend. Ready to rebuild all knowledge from a solid foundation?
Marin: Ready, my dear friend.
R: Do you agree that this foundation we are looking for — the thing on which we will build all knowledge — must be the most solid possible?
M: I agree.
R: Then let’s set off in search of a certain knowledge!

M: But there are plenty of certain things. I’m certain that I’m here, talking with you.
R: Not exactly. What is true is that you don’t doubt you are talking with me, but… are you certain? Absolutely certain? We are not looking for a certainty that is simply the absence of doubt, but an absolute certainty, an impossibility of doubt. A certainty about which one could not possibly doubt.
M: So you’re looking for an undoubtable truth…
R: In French we say indubitable. Ready for this exercise in absolute paranoia where we try to doubt everything we can, just to see if anything resists doubt?
M: Let’s go!

R: Let me start again. Can you doubt that we are, right now, talking?
M: Yes, theoretically I can. It has already happened to me that I dreamt and believed that my dream was reality.
R: Excellent example! So you can doubt that we are talking. Likewise, you can doubt the existence of the world around you; you can doubt the existence of matter.
M: Indeed, I can. But still, there are immaterial truths I don’t doubt. For example, that 2 and 3 make 5.
R: Do you remember our state last week, after the third half-time following the soule match?
M: That wasn’t a pretty sight.
R: Do you think that in that state you could have told me how much 17+58 equals?
M: Clearly not.
R: So you see that there are states in which you are not capable of doing relatively simple calculations. Now imagine that you are in a kind of “third half-time” on steroids: you could even get a calculation as simple as 2+3=5 wrong.
M: I see. It may be that every time I do the calculation, I’m mistaken. So I can also doubt formal truths. But then… can we really doubt everything?
R: That’s where I come in! In order to doubt, you must think of the object of your doubt. Therefore, at the very moment you doubt, you cannot doubt that you are thinking of the object of your doubt. We therefore have our first indubitable certainty: whenever I doubt, I think. From this follows a second indubitable certainty: if I think, then there is indeed a subject who thinks: me. So I cannot doubt that I exist as a thinking subject. In other words, it is indubitable that my mind — the seat of thought — exists.
M: Brilliant!
R: Even more brilliant in Latin: Cogito ergo sum.

End of dialogue

I also like to present the cogito in the form of a reasoning:

  • Premise #1: I think
  • Premise #2: a being must exist in order to think
  • Conclusion: I exist

One could object that a similar reasoning could be made:

  • Premise #1: I walk
  • Premise #2: a being must exist in order to walk
  • Conclusion: I exist

Except that here, one can doubt Premise #1. I claim that I am walking, but am I really walking? Could it not be an illusion? Whereas in Descartes’ reasoning, one cannot doubt Premise #1: I think. For doubting that you think… is already thinking. The whole hiddush (novel insight) lies in the discovery of such an indubitable premise.

Key remark

One can therefore doubt the existence of one’s body and, more generally, of matter, but one cannot doubt the existence of one’s mind (the seat of thought).

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