• Cogito de Descartes

    Cet article est principalement une réécriture de l’excellente série de vidéos de Mr Phi : https://www.youtube.com/watch?v=ixbZNpgHjig&t=268s

    Click here for the English version.

    J’ai retrouvé la conversation WhatsApp de Descartes avec un de ses amis qui a mené au fameux cogito. Pour toi lecteur, en exclusivité :

    Nous allons présenter l’argument de Descartes sous la forme d’un dialogue avec un ami imaginaire que nous appellerons Marin.

    René : Cher Marin, merci d’être venu pour cette fin de semaine. Prêt pour refonder toutes les connaissances en partant d’une base solide ?
    Marin : Prêt mon cher ami.
    R : M’accordes-tu que cette base que l’on recherche, cette chose sur laquelle on va fonder toutes les connaissances, se doit d’être la plus solide possible.
    M : Je suis d’accord.
    R : Partons donc à la recherche d’une connaissance certaine !

    M : Mais, il y a plein de choses certaines. Je suis certain d’être là en train de parler avec toi.
    R : Ce n’est pas exact. Ce qui est vrai c’est que tu n’as pas de doute que tu parles avec moi mais… en es-tu certain ? absolument certain ? On ne cherche pas une certitude qui serait une absence de doute mais une certitude absolue qui serait une impossibilité de doute. Une certitude dont on ne pourrait pas douter.
    M : Tu cherches donc une vérité indoutable…
    R : On dit indubitable en français. Prêt pour cet exercice de paranoïa absolue où on va essayer de douter de tout ce dont on peut douter pour voir si quelque chose résiste au doute ?
    M : Allez !

    R : Je reprends. Peux-tu douter que nous soyons présentement en train de parler ?
    M : Oui, théoriquement je le peux. Il m’est déjà arrivé de rêver et de croire que mon rêve était réalité.
    R : Excellent exemple ! Tu peux donc douter que nous sommes en train de parler. De même, tu peux douter de l’existence du monde qui t’entoure, tu peux douter de l’existence de la matière.
    M : Effectivement, je le peux. Mais il y a quand même des vérités immatérielles dont je ne doute pas. Par exemple que 2 et 3 font 5.
    R : Tu te rappelles de notre état, la semaine dernière, à la 3e mi-temps après le match de soule ?
    M : C’était pas beau à voir.
    R : Est-ce que tu penses que dans cet état tu aurais pu me dire combien font 17+58 ?
    M : Clairement pas.
    R : Donc tu vois qu’il existe des états où tu n’es pas en mesure d’effectuer des calculs relativement simples. Imagine maintenant que tu sois dans un état de 3e mi-temps hypertrophié, tu pourrais te tromper sur un calcul aussi simple que 2+3=5.
    M : Je vois. Il se peut qu’à chaque fois que je fais le calcul je me trompe. Donc, je peux aussi douter des vérités formelles. Mais alors on peut douter vraiment de tout ?
    R : C’est là que je rentre en jeu ! Pour douter, tu dois penser l’objet du doute. Donc au moment où tu doutes, tu ne peux pas douter que tu penses l’objet de ton doute. On a donc notre 1ère certitude indubitable : à chaque fois que je doute, je pense. S’ensuit une 2e certitude indubitable ; si je pense, c’est bien qu’il y a un sujet qui pense : moi. Je ne peux donc pas douter que j’existe en tant que sujet pensant. En d’autres termes il est indubitable que mon esprit (siège de la pensée) existe.
    M : Éblouissant !
    R : Encore plus éblouissant en latin « Cogito ergo sum ».

    Fin du dialogue

    J’aime bien aussi présenter le cogito sous la forme d’un raisonnement.
    Prémisse#1 : je pense
    Prémisse#2 : un être doit exister pour penser
    Conclusion : j’existe

    On pourrait objecter, qu’un raisonnement similaire pourrait être fait :
    Prémisse#1 : je marche
    Prémisse#2 : un être doit exister pour marcher
    Conclusion : j’existe
    Sauf qu’ici, on peut douter de la prémisse#1. J’affirme que je marche, mais suis-je vraiment en train de marcher ? Cela ne pourrait-il pas être une illusion ? Alors que dans le raisonnement de Descartes, on ne peut pas douter de la prémisse#1 « Je pense », car douter que tu penses… c’est déjà penser. Tout le hiddush réside dans cette mise au jour d’une prémisse indubitable.

    Remarque capitale : on peut donc douter de l’existence de son corps et, plus généralement, de la matière, mais on ne peut pas douter de l’existence de son esprit (siège de la pensée).


    Translated in English by GPT 5

    We will present Descartes’ argument in the form of a dialogue with an imaginary friend we’ll call Marin.

    René: Dear Marin, thank you for coming this weekend. Ready to rebuild all knowledge from a solid foundation?
    Marin: Ready, my dear friend.
    R: Do you agree that this foundation we are looking for — the thing on which we will build all knowledge — must be the most solid possible?
    M: I agree.
    R: Then let’s set off in search of a certain knowledge!

    M: But there are plenty of certain things. I’m certain that I’m here, talking with you.
    R: Not exactly. What is true is that you don’t doubt you are talking with me, but… are you certain? Absolutely certain? We are not looking for a certainty that is simply the absence of doubt, but an absolute certainty, an impossibility of doubt. A certainty about which one could not possibly doubt.
    M: So you’re looking for an undoubtable truth…
    R: In French we say indubitable. Ready for this exercise in absolute paranoia where we try to doubt everything we can, just to see if anything resists doubt?
    M: Let’s go!

    R: Let me start again. Can you doubt that we are, right now, talking?
    M: Yes, theoretically I can. It has already happened to me that I dreamt and believed that my dream was reality.
    R: Excellent example! So you can doubt that we are talking. Likewise, you can doubt the existence of the world around you; you can doubt the existence of matter.
    M: Indeed, I can. But still, there are immaterial truths I don’t doubt. For example, that 2 and 3 make 5.
    R: Do you remember our state last week, after the third half-time following the soule match?
    M: That wasn’t a pretty sight.
    R: Do you think that in that state you could have told me how much 17+58 equals?
    M: Clearly not.
    R: So you see that there are states in which you are not capable of doing relatively simple calculations. Now imagine that you are in a kind of “third half-time” on steroids: you could even get a calculation as simple as 2+3=5 wrong.
    M: I see. It may be that every time I do the calculation, I’m mistaken. So I can also doubt formal truths. But then… can we really doubt everything?
    R: That’s where I come in! In order to doubt, you must think of the object of your doubt. Therefore, at the very moment you doubt, you cannot doubt that you are thinking of the object of your doubt. We therefore have our first indubitable certainty: whenever I doubt, I think. From this follows a second indubitable certainty: if I think, then there is indeed a subject who thinks: me. So I cannot doubt that I exist as a thinking subject. In other words, it is indubitable that my mind — the seat of thought — exists.
    M: Brilliant!
    R: Even more brilliant in Latin: Cogito ergo sum.

    End of dialogue

    I also like to present the cogito in the form of a reasoning:

    • Premise #1: I think
    • Premise #2: a being must exist in order to think
    • Conclusion: I exist

    One could object that a similar reasoning could be made:

    • Premise #1: I walk
    • Premise #2: a being must exist in order to walk
    • Conclusion: I exist

    Except that here, one can doubt Premise #1. I claim that I am walking, but am I really walking? Could it not be an illusion? Whereas in Descartes’ reasoning, one cannot doubt Premise #1: I think. For doubting that you think… is already thinking. The whole hiddush (novel insight) lies in the discovery of such an indubitable premise.

    Key remark

    One can therefore doubt the existence of one’s body and, more generally, of matter, but one cannot doubt the existence of one’s mind (the seat of thought).

  • Yoma Perek 8

    Daf 73b – עג׃

    וכי תימא כיון דאית ליה היתר מן התורה קא חייל קרבן שבועה

    Contexte
    À ce stade, la gmara ayant posé que pour Reish Lakish ח״ש אסור מדר׳ elle se demande comment, selon Reish Lakish commentant une braïta, un serment1 est possible sur un ח״ש donc un דרבנן ? En effet, explique רש״י, la Torah via le לא תסור (Deut. 17:11) engage tout Juif à respecter les interdits des Rabanan2 sur lesquels il est donc מושבע מהר סיני.

    Commentaire
    Problème : Que veut dire la gmara par les mots היתר מן התורה ? Elle vient de dire que c’est un issur via le lo tassur !
    Solution : La gmara distingue la פרשנות (le commentaire) de la חקיקה (la légifération). Dans la הווה אמינא le לא תסור s’appliquait à la פרשנות ET la חקיקה. Ici, la gmara envisage qu’il ne s’applique qu’à la פרשנות mais PAS à la חקיקה.

    1. Prêter serment de ne pas manger une demi-mesure de porc par exemple. ↩︎
    2. Sachant que s’interdire via un serment quelque chose déjà interdit par la Torah est nul et non avenu. Donc s’interdire un interdit rabbinique par serment est censé être nul et non avenu, ce qui n’est pas le cas ici. ↩︎
  • Problème de l’induction – The problem of induction

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    L’épistémologie est le domaine de la philosophie qui s’intéresse à la connaissance : que pouvons-nous connaître ? Que ne pourrons-nous jamais connaître ? Quelles sont les connaissances valables (que nous pouvons tenir comme vraies avec un certain degré de certitude) ? Comment se constitue une telle connaissance ?

    Un des problèmes fondamentaux de ce champ d’étude passionnant est le problème de l’induction. Posé en 1748 par le fameux Scotch de 37 ans d’âge, j’ai nommé David Hume, dans son Enquête sur l’entendement humain.

    Je vais te présenter le problème sous forme de dialogue entre David Hume et Emmanuel (un jeune Allemand à qui Hume veut faire comprendre le problème).

    Emmanuel : Yo, was geht, Fam? (Yo, ça va la mif ?)
    David Hume : 🥊
    E : Aua! Ey, machst du Boxen, Digga? (Aïe ! Vazy ! Tu fais de la boxe frro ?)
    DH : Tu vas me parler correctement, oui ! Je vais t’exposer l’un des problèmes les plus fondamentaux d’épistémologie et qui pourrait bien saper l’édifice de la science dans son ensemble. Alors concentre-toi mon petit Manu !
    E : J’ai compris, je t’écoute.

    DH : Tout d’abord est-ce que tu es d’accord que pour apprendre quelque chose sur le monde, il faut expérimenter ? On ne peut pas – comme un Français déconnecté – se contenter de penser, d’imaginer quelque chose et de se dire que comme la raison nous l’impose, il faut bien que ce soit vrai dans le monde. Le monde s’en cogne royalement de ce qui se passe dans ta tête.
    E : Oui, ça me semble correct. Si je veux savoir si quelque chose est vrai, je vais voir s’il est vrai. Et ce n’est pas parce que je suis convaincu que quelque chose est vrai dans le monde qu’il l’est forcément. Si ça se trouve je me trompe complètement.
    DH : Très bien. Mais je ne veux pas de « ça me semble correct ». C’est correct, OUI ou NON ?
    E : Oui, c’est correct.

    DH : Maintenant, dis-moi, penses-tu que le soleil, se lèvera demain ?
    E : Oui.
    DH : pourquoi ?
    E : parce que ça a toujours été le cas. Je ne vois pas pourquoi ça changerait.
    DH : Donc tu me dis que comme tu as vu des milliers de fois le soleil se lever après la nuit, tu penses que demain matin il en sera encore de même ?
    E : Oui. 
    DH : Et de manière générale, toute observation d’une régularité passée te conforte dans l’idée que cette régularité se reproduira dans le futur ?
    E : Oui. J’ai toujours remarqué que quand je me jetais dans le vide, je tombais. Quand je jette un bout de bois dans le feu, il brûle. Quand je mange trop de choucroute 
    DH : Wowowo, ok, on a compris ! Ce principe, s’appelle le principe d’induction. D’une régularité passée on en induit une régularité future.
    E : Ok, tu donnes un nom à une manière hyper courante de se comporter. Na und?

    DH : Maintenant, peux-tu me justifier ce principe d’induction ?
    E : Baaah, c’est évident que c’est vrai !
    DH : Ah, bon ? Et qu’est-ce qu’on a dit en introduction ? « Ce n’est pas parce que je suis convaincu que quelque chose est vrai dans le monde qu’il l’est forcément »
    E : Entschuldigung ! Bah, à chaque fois que j’ai utilisé ce principe il a fonctionné. Pour le soleil, pour la chute des corps, etc.
    DH : Donc si je comprends bien, tu me dis que comme le principe d’induction a toujours marché dans le passé, il marchera aussi dans le futur ?
    E : C’est ça !
    DH : Malheureux ! Tu utilises le principe d’induction pour… justifier le principe d’induction.
    E : Scheiße !

    DH : Alors ? On est à court d’idées ?
    E : Bah, il faut bien que je choisisse de vivre d’une certaine manière. Du coup, je choisis de croire au principe d’induction.
    DH : Autrement dit, tu admets croire en quelque chose de manière arbitraire, sans justification rationnelle. Tu n’as pas plus de raison de penser que, si tu sautes par la fenêtre, tu tomberas, que de croire que tu vas léviter. Et pourtant, tu crois que tu tomberas – c’est d’ailleurs pour ça que tu ne sautes pas. Alors, comment justifies-tu rationnellement cette croyance ?
    E : Attends, je crois que j’ai la réponse : la sélection naturelle ! Par exemple : la gravité c’est un truc vrai et qui marche (enfin, qui tombe), donc seules les espèces qui avaient une structure cérébrale pour comprendre que les objets tombent ont survécu. Les autres se sont jetées des falaises. Donc en fait, le principe d’induction c’est quelque chose d’implanté dans mon cerveau via sélection naturelle. Je ne peux pas ne pas penser que c’est vrai.
    DH : Correction, « tu ne peux pas ne pas ressentir que c’est vrai ». Mais tu pourrais très bien conclure intellectuellement que quelque chose que tu ressens comme vrai est faux. D’ailleurs, est-ce que tu « crois » à tout ce que l’évolution t’a mis dans la tête ? L’illusion géocentrique, la pensée magique, le biais de négativité, le tribalisme ou encore la vengeance instinctive1 ? Le simple fait qu’une croyance ait été utile pour survivre ne la rend pas rationnelle. Arrête de confondre explication biologique et justification rationnelle et trouve moi autre chose !
    E : Jawohl 🫡

    DH : Alors ? on donne sa langue au chat ?
    E : Nein! J’ai enfin trouvé ! Quand je jette un bout de bois au feu et qu’il brûle, même sans être physicien, c’est bien qu’il y a quelque chose dans le feu qui cause la combustion du bois. Et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le principe de causalité permet donc de prouver le principe d’induction. Je crois donc que le soleil se lèvera demain parce que les mêmes causes qui l’ont fait se lever les milliers de fois précédentes sont réunies aujourd’hui et le feront se lever demain. Was zu beweisen war !
    DH : Bien joué. Mais c’est encore faux. J’ai 3 contre-arguments.

    Contre-argument#1
    DH : Acceptons le principe de causalité, c’est-à-dire que tout effet à une cause et que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Prenons l’exemple du bout de bois que tu jettes dans le feu. Théoriquement, il y a une infinité de causes possibles à la combustion du bois. Peut-être qu’il brûle parce que c’est la pleine lune ? Parce que tu as prononcé le mot « oui » précisément 10mn avant de jeter le bout de bois ? Parce que le bout de bois a la forme d’un cylindre ? Parce que le bout de bois pesait précisément 0,567kg mais peut-être qu’avec un autre poids ça ne marcherait pas ? Parce que tu l’as jeté le 18 août 2025 mais qu’un autre jour ça ne marcherait pas ? etc.
    E : Hypothèses stupides mais que je ne peux pas repousser avec certitude, si ce n’est en refaisant l’expérience sans que ce ne soit la pleine lune, sans prononcer le mot « oui » précisément 10mn avant de jeter le bout de bois, etc. 
    DH : Tu me dis donc que pour déterminer la cause de la combustion du bois, il faudrait que tu répètes l’expérience autant de fois qu’il y a de causes possibles, pour les éliminer toutes ? Donc réaliser une infinité d’expériences ?
    E : Scheiße ! Il m’a encore eu !
    DH : Donc tu es obligé de définir, a priori (c’est-à-dire avant toute expérience), un nombre restreint de causes potentielles et de les éliminer une à une. Et la constitution de ce nombre restreint de causes se justifie par le principe d’induction.

    Contre-argument#2
    DH : Supposons que tout effet a une cause. Qui te dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets ?
    E : J’ai compris… encore et toujours ce principe d’induction… que nous essayons de justifier rationnellement. Et je ne peux pas utiliser le principe d’induction pour prouver que les mêmes causes produisent les mêmes effets qui me servira à prouver le principe d’induction 🤦🏻‍♂️

    Contre-argument#3
    DH : Intéressons-nous maintenant à la causalité. Comment sais-tu que tout effet a une cause ?
    E : Dans plein de cas, j’observe la cause directement. Quand je frappe dans un ballon et que le ballon s’envole, j’observe que la cause de l’envol du ballon est ma frappe.
    DH : Tu observes ce lien de causalité aussi clairement que tu observes l’envol du ballon ?
    E : Oui. Je ne vois pas où tu veux en venir.
    DH : Qui te dit qu’à chaque fois que tu frappes, il n’y a pas un malin génie qui décide de projeter le ballon en l’air ? Peut-être qu’un jour tu frapperas… et que le ballon restera cloué au sol. Ce que tu observes c’est une succession d’évènements (l’envol du ballon succède à ta frappe). Jamais tu n’observes un lien nécessaire entre ta frappe et l’envol du ballon. Ce lien est une construction de l’esprit née d’une habitude, ce n’est pas une donnée des sens.
    E : Scheiße ! ll m’a encore eu !

    Reprenons le fil de la conversation
    DH : Cher Emmanuel, tu m’as l’air bien perplexe.
    E : Attends 2 secondes. Tu veux me faire justifier rationnellement le principe d’induction sauf qu’en fait il est faux !
    DH : Tiens donc…
    E : Oui ! tu me dis que puisqu’une chose s’est toujours produite dans le passé elle se produira aussi dans le futur. Sauf que c’est faux ! Pendant des siècles, on a cru que tous les cygnes étaient blancs, parce qu’on n’avait jamais observé que des cygnes blancs. Et puis, en Australie, on a découvert un cygne noir. Fin de l’induction.
    DH : Bonne remarque mais qui traduit un manque d’attention. Nous n’avons jamais dit qu’une régularité passée te garantissait avec une certitude absolue qu’il en sera de même dans le futur. Nous disons simplement, qu’une régularité passée te conforte (c’est-à-dire augmente la probabilité de ta croyance) dans l’idée que cette régularité perdurera dans le futur. 
    E : j’ai compris !
    Donc si je résume, le principe d’induction qui affirme qu’une régularité passée (je jette un bout de bois dans du feu, il brûle) nous conforte dans la croyance que cette régularité se maintiendra dans le futur (si je jette à nouveau un bout de bois dans du feu il brûlera à nouveau), ne peut pas être justifiable rationnellement. On a essayé :

    1. De dire que c’était évident sauf qu’une évidence de l’esprit n’est pas une justification rationnelle. Et, nous les empiristes, nous ne pouvons dire quelque chose du monde tant que nous ne l’avons pas observé par nos sens. Échec.
    2. De justifier l’induction… par l’induction. Échec.
    3. De justifier l’induction par la sélection naturelle. Sauf qu’une croyance utile pour la survie n’est pas forcément vraie. On a vu des exemples de croyances utiles mais fausses (ou immorales). Échec.
    4. De justifier l’induction par le principe de causalité. Sauf que le principe de causalité ne découle pas de l’observation mais d’une opération de l’esprit. Échec.

    DH : Comment te sens-tu ?
    E : Toute la science se fonde sur le principe d’induction et de causalité. Je suis troublé, cela voudrait-il dire qu’il n’y a aucune base rationnelle à la science ? Tu m’as tiré de mon sommeil dogmatique et le réveil est violent !
    DH : Essaye juste de ne pas te rendormir avant d’avoir trouvé une bonne réponse à ce problème de l’induction.

    Cher lecteur, si tu es parvenu jusqu’ici et que tu as bien assimilé ce qui s’est dit, tu devrais toi aussi être troublé. Si tu veux savoir comment justifier le principe d’induction (et de causalité), suite au prochain article.


    Translated in English by GPT 5

    Epistemology is the branch of philosophy concerned with knowledge: What can we know? What will we never be able to know? Which kinds of knowledge can we consider valid (true with a certain degree of certainty)? And how does such knowledge come into being?

    One of the core issues in this fascinating field is the problem of induction. It was famously raised in 1748 by David Hume in his Enquiry Concerning Human Understanding.

    I’ll present the problem in the form of a dialogue between David Hume and Emmanuel, a young German whom Hume wants to enlighten.

    Emmanuel: Yo, was geht, Fam? (Yo, what’s up, fam?)
    David Hume: 🥊
    E: Aua! Ey, machst du Boxen, Digga? (Ouch! You box, bro?)
    DH: Speak properly! I’m about to show you one of the deepest problems in epistemology—one that could shake the very foundations of science. So focus, young Manu!
    E: Alright, I’m listening.

    DH: First—do you agree that to learn about the world, you have to observe it? You can’t just sit back, imagine something, and assume that because reason tells you so, it must be true. The world doesn’t care what goes on in your head.
    E: Yes, that makes sense. If I want to know whether something is true, I check it. Just being convinced doesn’t make it true—I could be totally wrong.
    DH: Good. But don’t just say “it makes sense.” Is it true, YES or NO?
    E: Yes, it’s true.

    DH: Now tell me, do you believe the sun will rise tomorrow?
    E: Yes.
    DH: Why?
    E: Because it always has. Why would it be different?
    DH: So you’re saying that because you’ve seen it rise thousands of times, you expect it will again tomorrow?
    E: Exactly.
    DH: And in general, whenever you notice a pattern in the past, you assume it will continue in the future?
    E: Yes. I’ve always seen that when I fall, I hit the ground. When I throw wood in a fire, it burns. When I eat too much sauerkraut—
    DH: Enough already! This principle is called induction: from past regularity, we infer future regularity.
    E: Okay, so you’re just giving a fancy name to a very normal way of thinking. Na und?

    DH: Fine. But can you justify induction?
    E: Well, it’s obviously true!
    DH: Really? Didn’t we just say that being convinced of something doesn’t make it true?
    E: Entschuldigung! Well, every time I’ve relied on it, it’s worked—for the sun, for falling objects, and so on.
    DH: So you’re saying that because induction has always worked in the past, it will work in the future?
    E: Exactly!
    DH: Ah, but then you’re using induction to justify… induction itself.
    E: Scheiße!

    DH: Out of arguments already?
    E: Well, I still have to live somehow. So I choose to believe in induction.
    DH : In other words, you admit you’re believing something arbitrarily, without rational justification. You have no more reason to think that if you jump out the window you’ll fall than to think you’ll float. And yet, you believe you’ll fall—which is why you don’t jump. How do you rationally defend that belief?
    E: Wait, I’ve got it: natural selection! Gravity is real, so only species that understood “things fall” survived. The rest jumped off cliffs. So induction is wired into my brain through evolution. I can’t help but think it’s true.
    DH: Correction: you can’t help but feel it’s true. But that doesn’t mean it is true. Do you believe everything evolution has programmed into your head? Magical thinking, the geocentric illusion, negativity bias, tribalism, revenge instincts? Just because a belief helped survival doesn’t make it rational. Don’t confuse biology with rational justification. Try again!
    E: Jawohl 🫡

    DH: Give up?
    E: Nein! I’ve got it this time. When I throw wood into fire and it burns, there must be something in the fire causing combustion. And the same causes always produce the same effects. So causality proves induction. The sun will rise tomorrow because the same causes that made it rise before are still here today. Q.E.D.
    DH: Nice try. But still wrong. I’ve got three counter-arguments.

    Counter-argument #1
    DH: Let’s accept causality: every effect has a cause, and the same causes produce the same effects. Take your wood-and-fire example. In theory, there are infinite possible causes for the burning: maybe it’s because it’s a full moon, because you said “yes” ten minutes earlier, because the wood weighed exactly 0.567 kg, or because you threw it on this precise date. Which is it?
    E: Those are silly hypotheses—but I can’t rule them out for sure, except by re-testing under different conditions.
    DH: Which would mean infinite experiments. Impossible. So instead, you pre-select a limited set of possible causes—and that choice relies on… induction.
    E: Scheiße! He got me again!

    Counter-argument #2
    DH: Even if every effect has a cause—who says the same causes always produce the same effects?
    E: I see… it’s induction again. And I can’t use induction to prove induction 🤦🏻‍♂️

    Counter-argument #3
    DH: And how do you know that every effect has a cause?
    E: Because I often see the cause directly. If I kick a ball and it flies, I see my kick caused it.
    DH: Do you really observe the cause, or just the sequence? Maybe some mischievous genius makes the ball fly each time. One day you might kick and… nothing. What you see is a sequence—kick, then movement. The “necessary link” is not visible, it’s a habit of the mind.
    E: Scheiße! Again!

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    DH: You look troubled, Emmanuel.
    E: Of course I am! You want me to justify induction rationally, but it’s false! For centuries, people thought all swans were white—until they found a black swan in Australia. End of induction.
    DH: Careful. Induction never promised absolute certainty. It only increases the probability that the future will resemble the past.
    E: Got it. So if I sum it up: induction—the idea that a past regularity (wood burns in fire) increases our belief that the regularity will continue (wood will burn again)—cannot be rationally justified. We’ve tried:

    1. Calling it “obvious”—but what feels obvious isn’t a rational justification. Fail.
    2. Justifying induction… with induction. Fail.
    3. Appealing to natural selection—but useful beliefs aren’t always true (or moral). Fail.
    4. Appealing to causality—but causality itself is not observed, it’s a mental construction. Fail.

    DH: So, how do you feel now?
    E: Shaken. All of science relies on induction and causality. Does this mean science has no rational foundation? You’ve pulled me out of my dogmatic slumber—the awakening is rough!
    DH: Just don’t fall back asleep before finding a real answer to the problem of induction.

    Dear reader, if you’ve made it this far and followed the argument, you should be unsettled as well. To find out how induction (and causality) might still be justified, stay tuned for the next article.

    1. Illusion géocentrique : tendance à croire que l’Homme ou la Terre occupent une place centrale et privilégiée dans l’univers.
      Pensée magique : croyance que ses pensées, gestes ou rituels peuvent influencer directement la réalité, sans lien causal objectif.
      Biais de négativité : mécanisme psychologique qui nous pousse à accorder plus de poids aux expériences négatives qu’aux positives.
      Tribalisme : réflexe d’adhésion et de loyauté envers son groupe d’appartenance, souvent au détriment des autres groupes.
      Vengeance instinctive : réaction émotionnelle spontanée qui pousse à vouloir rendre le mal subi, même si cela nuit à soi-même. ↩︎
  • Articles à écrire – Articles yet to be written

    Liste des articles à écrire :

    • Sur la mécanique quantique : genèse de la mécaQ (lumière onde par Young puis corpuscule par Einstein), interprétation orthodoxe, puis hétérodoxe avec plongée dans inégalités de Bell et paradoxe EPR et finalement théorie guide d’onde de De Broglie-Bohm.
    • Article sur le platonisme : les idées et leur manifestation dans le monde de manière combinée.
    • Sur le déterminisme physique en P1
    • Sur le problème de l’induction et de la causalité de Hume. DONE
    • Sur le cogito de Descartes. DONE
    • Sur les arguments pour et contre le dualisme. Dualisme v physicalisme.
    • Historique sur impostures intellectuelles
    • Sur la justification de la pratique juive (résumé de la trilogie de Miky) : existence de Dieu, du déisme au théisme, destruction de la « pensée juive », voies halakhiques pour accomplir (car Miky est venu non pour abolir mais pour accomplir 😂).
  • Science of freedom – מדעי החופש : part 1

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    Dans ce livre fondamental, HaRav Miky1 (Michael Avraham), répond à la question : disposons-nous du libre-arbitre. Malgré les prétentions d’une écrasante majorité de (neuro)scientifiques (ignares des rudiments de philosophie), il y montre que la science n’est pas en mesure de prouver2 que nous sommes des êtres déterminés. Il conclut que la position la plus rationnelle est le libertarisme3.

    Je vais t’emmener dans ce fantastique voyage autour de cette question et je te montrerai qu’exercer ton libre-arbitre c’est réaliser un miracle, une percée hors de l’implacable chaîne causale.

    Cet article ce divisera en 3 parties.

    1. Pourquoi ce sujet est si important ?
    2. Définitions
    3. Positionnement du problème

    Pourquoi ce sujet est si important ?

    A-t-on vraiment besoin de justifier pourquoi déterminer si tu es libre est si fondamental ? Non. Néanmoins, apportons une réponse pratique.

    Le cancer de l’Occident qu’est le wokisme a pris une ampleur vers le début des années 2020. J’ai vu arriver ce phénomène quelques années auparavant à travers des séjours en universités américaines et surtout suite à la lecture de l’excellent « Impostures intellectuelles ». Je me suis rendu compte que la (dé)structure mentale4 était en place pour qu’éclose un wokisme dur.

    Nous sommes peut-être à l’aube d’une autre révolution mentale. Le monde intellectuel (scientifique, philosophique et des sciences-sociales) est acquis à la cause déterministe. Si la digue entre le monde intellectuel et le monde civil venait à sauter nous pourrions être emportés par un courant dévastateur.

    Un exemple concret de risque. Si le cancer de la culture de l’excuse, qui gangrène déjà le pouvoir judiciaire, trouve une caution « scientifique » alors la justice s’effondrerait… et avec elle, la société entière5 (Avot 1:18). En effet, si les actes des individus sont déterminés, la notion de responsabilité (selon son acception commune) s’effondre : car Jean-Eudes6 n’aurait pas pu faire autre chose que dealer de la drogue / agresser cette mamie / arnaquer la CAF.

    Il faudrait donc qu’un maximum de citoyens clés (magistrats, politiques, journalistes, penseurs) soient armés pour répondre à la pédanterie des scientifiques.

    Définitions

    Quelques définitions7 des concepts les plus importants pour pouvoir ensuite poser le problème.

    • Matérialisme : thèse selon laquelle il n’existe que de la matière et du vide. Donc pas d’âme immatérielle. L’esprit se réduit à de la matière (le cerveau en l’occurrence).
    • Dualisme : thèse selon laquelle le corps et l’esprit sont 2 choses distinctes. Le corps étant matériel et l’esprit immatériel.
    • Déterminisme : thèse selon laquelle l’état de la réalité à un instant t détermine l’état de cette réalité à l’instant suivant t+dt. Conséquence : il n’y a qu’un seul et unique futur possible.
    • Libertarisme : thèse selon laquelle les humains sont dotés d’un libre-arbitre.
    • Principe de causalité. Principe posant que tout effet a une cause.

    A compléter

    Positionnement du problème

    J’aime bien les formulations claires et précises.

    Postulat 1 : la réalité n’est composée que de matière (et de vide)

    Postulat 2 : la matière n’obéit qu’aux lois de la physique.

    Postulat 3 : les lois de la physique indiquent, qu’étant donné des conditions initiales, tout système matériel ne peut évoluer que d’une seule manière possible. (On verra la phiQ après)

    Conclusion : les êtres humains ne peuvent évoluer que d’une seule manière possible.

    En d’autres termes, en tant qu’être de matière, tu es régi par les lois de la physique, tu crois que tu peux choisir ce que tu fais, ce que tu penses, ce que tu veux, mais non ! Illusion. Tu es déterminé à vouloir, penser, agir d’une seul et unique manière. Les atomes composant ton corps, régis par les lois de la physique, te déterminent complètement. Le libre-arbitre est une illusion !

    1. Pour moi, c’est le Rambam moderne. Lamdan, scientifique, philosophe (sans être un abscons cuistre de continental) et très pédagogue. ↩︎
    2. Prouver = fournir des arguments assez convaincants pour rationnellement tenir quelque chose pour vrai. On ne parle évidemment pas de preuve mathématique. ↩︎
    3. Le fait de croire au libre-arbitre. ↩︎
    4. En bref : le relativisme absolu, même des vérités scientifiques les plus établies, la perte totale de prise avec le réel, la haine de soi et la culture de la faiblesse, la volonté de censure, etc. ↩︎
    5. Voir néanmoins les réponses (plus ou moins convaincantes) que peuvent apporter les déterministes à ce sujet ↩︎
    6. Le prénom a été changé pour préserver l’anonymat du suspect ↩︎
    7. Certes très succinctes, mais OSEF, c’est assez pour comprendre le problème et le traiter. ↩︎